Le lendemain dimanche, je partis profiter du jour du Seigneur pour trouver l’inspiration autour du quartier latin. Mes déambulations, d’abord germanopratines, finirent par me conduire le plus irrésistiblement du monde jusque devant la lourde porte de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Arrivé peu avant le coup d’envoi de l’office de midi et quart, la maigreur des corps qui se pressaient devant l’entrée contrastait avec la lourdeur du bâtiment, accroché tel une verrue à ce quartier qui souffre depuis longtemps de vérole ecclésiastique chronique. L’effet des carêmes et des privations en tout genre sans doute, là où le combat contre la jouissance et la modernité se pose en clef de voûte de l’édifice moral construit pierre après pierre par la Fraternité Saint-Pie X et l’Action française. Les Paraboot, dépassant des côtes de velours des nombreux pantalons beiges à ourlet, battaient le pavé au rythme des mondanités dominicales de leurs propriétaires qui s’activaient à entretenir le pont intergénérationnel des traditions. La scène, qui me rendait difficile la tâche de distinguer l’horreur du pire, me replongea tout droit quelques années en arrière, dans les facéties nocturnes du moine lubrique, lorsque sous les frusques horrifiques d’un régulier défroqué, je prenais goût à perturber les adorations de saints dans l’église du Saint-Bouffre.
Sans doute parce que mon œil était encore un peu trop imprégné des lectures du Moine de Lewis lorsqu’il croisa le regard d’une jeune dévote à serre-tête, y lut-il l’effroi de la pudeur virginale menacée dans ses préjugés. Difficile de donner un âge à celle qui, bien qu’ayant déjà sans doute atteint la vingtaine, a très tôt accepté de circonscrire son éducation aux Évangiles, et à la main caressante du père Mouton, tendre gardien de ses nuits adolescentes passées au pied du balcon de Saint-Pierre, à attendre l’apparition papale venue bénir les JMJ. A cette seule évocation, et devant les regards à chaque minute plus hostiles des paroissiens, je fus saisi d’une crise de paranoïa aiguë : alors que j’étais venu chercher un point de départ pour ma quête du testicule disparu, ç’allait être mon tour de me faire émasculer par la foule des fidèles en furie, bien décidés à protéger des intrus la chasse gardée de leurs curés pédophiles, qui dissimulent sous la longueur des soutanes l’instrument affamé de leurs forfaits passés et futurs.
Mais tremblez, frères ennemis, quand votre heure sonnera, car je suis le pataphysicien, le grand païen coprophage. J’avale toute la merde du monde, je m’en remplis, et je fais de ce ferment puant une force monstrueuse, brute et sauvage. Alors seulement, j’éblouirai vos ténèbres de l’éclat de mes heures sombres. J’irai cracher ma colère dans le bénitier de vos bouches. Puis, déchiré par cet enfantement terrible, je gagnerai le repos d’un corps enfin soulagé du pesant de son âme.
Sentant tout proche le dérapage, et jugeant néanmoins déraisonnable une reconstitution contemporaine de la croisade contre les Albigeois en plein Paris, j’estimai soudain plus sage de rebrousser chemin, et de démêler plus loin le fil enroulé qui me conduirait du fond de la nuit jusqu’à la fameuse couille perdue.






