14 nov. 2011

Alzheimer, mon enfance.


Tu sais, parfois j’ai l’impression de devenir fou. L’air est si épais qu’il ne rentre plus dans mes narines. Comment respirer ? Il me semble avoir oublié. Tomber toujours plus profond. Tout est plus noir plus froid plus vide. Tout seul j’ai peur.
Je me souviens de l’odeur de ta bouche penchée sur moi le soir au-dessus du lit. Et de tes mains aussi. Tes mains sur mon dos, tes mains dans mes cheveux. La caresse avec les ongles, qui frissonne, qui apaise. Ça va mieux tu sais. Ça va même presque bien tout à coup. C’est le cœur du monde qui m’accueille. Je suis un organisme, je ne suis plus homme. Seulement des sensations ; pas de pensée, plus de peurs ni de joies. Ça devrait durer toujours. Attends, change un peu d’endroit, ici ça m’agace, non là aussi, j’ai la peau qui tire, elle m’irrite. Tu ne le voyais pas, mais je serrais les dents ; je bouge un peu, il faut que tu devines parce que je ne voulais pas te le dire, je ne voulais pas te blesser, et je voulais que tu continues. Maintenant je veux que tu arrêtes. Est-ce ta voix que j’entends ? L’odeur de ta bouche a changé. Et tes mains aussi. Tes doigts sont plus courts, ils ont l’air bizarre ça m’inquiète. Ils sont minuscules, et quand ils touchent mon corps, il devient énorme, enflé comme un ballon, ça me dégoûte. J’ai la nausée, je sens que je vais être malade. Vite ! Je dois me lever, je dois sortir, j’ai chaud, j’ai la peau qui brûle et j’ai la gorge qui pique. Il faut que tu m’aides, reviens. Où es-tu ? Je te vois, mais ça n’est pas vraiment toi. J’ai la tête qui tourne de fatigue puis je m’endors.

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