3 oct. 2011

La couille d'Abélard.


Aujourd'hui j'ai décidé de partager avec vous l'incipit d'une nouvelle que j'avais commencée il y a plus de trois ans maintenant, et qui devait avoir pour titre: La Couille d'Abélard. Aventure testiculaire aussi bien que sentimentale, la recherche d'une couille disparue de l'amoureux châtré devait permettre à son héros de se remettre de l'amour perdu. Et voici comment une quête d'absolu en vient à reposer son fondement sur le scrotum:



Le soir du 7 avril marqua le début des hostilités. Au dîner, mon père me servit un jambonneau gras et rond. Sa peau, brunie par le four, était légèrement craquelée, prenant des airs de scrotum déjà violenté par la gravité : devant moi, à portée de fourchette, luisante et fumante, s’étalait une couille du grand Abélard. La bluette épistolaire de Rousseau, lue quelques jours plus tôt, facilita l’accouchement d’une telle révélation. Il faut dire aussi que je venais de perdre mon Héloïse, sans toutefois avoir moi-même à souffrir d’une quelconque mutilation.

Dès lors, je me sentis investi de la douloureuse tâche de retrouver la seconde virilité du professeur, plongeant ainsi dans l’enfer du devoir. Il va sans dire que la poursuite d’une telle quête demande des sacrifices et une belle dose d’abnégation, toutes choses que je me proposai, stoïque, d’affronter. Une incertitude demeurait cependant : si j’avais mangé de bon appétit le premier testicule, que ferai-je du second, une fois découvert ? Il eût été de mauvais goût de le dévorer à son tour, d’autant que je n’avais nulle intention de rejouer la Cène avec les parties de l’amoureux puni. Une solution existait pourtant : suspendre, à l’aide d’un élastique, la couille retrouvée à la statue des deux amants ornant le palais de justice de la capitale.

Fatigué par ces émotions, je décidai d’aller me coucher sans attendre, remettant à plus tard la lourde tâche de trancher le sort du testicule manquant.