J'en rêvais depuis longtemps: avec Drive, Nicolas Winding Refn vient de ressusciter Miami Vice. Ombre et lumière s'y poursuivent, pour mieux s'accoupler dans l'englobance quasi mystique des nappes de synthétiseurs.
La réussite de l'esthétique pourtant datée du film de Refn (une génération le sépare de la série télévisée produite par Michael Mann entre 1984 et 1989) repose sur son caractère très métaphorique, qui en fait le miroir peu flatteur de notre époque: capable de fulgurances lumineuses, celle-ci n'a jamais eu autant conscience de son propre crépuscule. Si Ryan Gosling, tout comme Don Johnson en son temps, y font corps avec les bolides qu'ils conduisent, c'est que la voiture n'y est pas qu'un simple accessoire de frime, mais un prolongement des personnages qu'ils incarnent. Elle devient ici symbole d'une fuite en avant, dont le reflet aperçu dans le rétroviseur rappelle sans cesse aux deux héros que le meilleur est derrière eux.
Et notre société est bien ainsi: la brillance reflétée par quelques chromes un peu trop polis ne saurait nous faire oublier l'immensité crépusculaire qui nous attend.
1 commentaire:
Bonjour Joris-Karl. Quel bonheur de lire ces quelques lignes totalement décalées. Ce film est une marche arrière dans le brouillard du maelstrom intellectuel bien-pensant et omniprésent. Seule la veilleuse de la portiére scintille au milieu de ce néant cinématographique. Et là, de noir vêtu, apparaît l'incarnation de l'ambivalence, je veux parler de l'Homme. A la fois ombre et lumiére, capable du pire comme du meilleur, qu'il soit héros ou anti-héros.
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