Vous êtes par trop nombreux pour
honorer vos prénoms dans ces lignes, et moi je ne suis pas un valentin.
D’ailleurs j’ai toujours détesté le quatorze février, petite mort des cœurs qui
ne sont plus à prendre. Je suis ci-devant vous par deux fois imposteur, car
j’ai un peu plus du double des années des plus jeunes d’entre vous. A rebours
des rentrées plus semblables toujours aux rentrées précédentes, je me souviens
d’avoir été vous. Je me souviens d’années aussi longues que des vies, où
l’existence se cachait derrière l’espoir d’une vie. Mais à trop espérer on en
oublie souvent d’aimer. Je me souviens surtout du feu des joies et des peines
qui brûlait plus vif que tout le napalm du Viêt Nam. Comme vous, j’ai eu la
chance d’être une bouteille sans l’amer mais pleine de bateaux, et je me
souviens d’avoir flotté pour ne jamais couler.
Contrairement à vous aujourd’hui,
à chaque instant miroir passé devant vos visages, je ne puis tomber dans
l’ennui soporifique, car vous m’offrez ce que je n’ai déjà plus : à vous
la jeunesse, et moi pas encore la sagesse ; à vous l’envie, et moi pas
tout à fait l’ennui ; j’ai le droit à la nostalgie, vous avez droit à la
vie ; j’ai un devoir de mémoire, et vous le privilège des souvenirs.
Alors, même si je ne saurai jamais, Ô comble pour l’historien, si demain au
lycée sera mon Waterloo ou mon Austerlitz, à vous mes élèves, en trois
mots :
Je vous aime.
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