- Diederik?
- Quoi?
- Tu serais pas devenu pédé au moins?
- Arrête, non, tu te fous de moi!
Jackie libère son bétail alors qu'il se prépare lui-même pour l'abattoir. Il a la même taille, la même carrure, la même force que ses boeufs. Et, comme eux, il n'a plus de couilles. Alors que Jackie et lui entraient à peine dans l'adolescence, Diederik avait été témoin de l' "accident", lorsque le grand et dégénéré Bruno les lui avait brisées à coups de pierres. Aujourd'hui, des années de testostérone de synthèse et d'hormones de croissance plus tard, Tête-de-boeuf est enfin décidé à avouer son amour pour cette fille. Et Diederik ira jusqu'au bout pour l'aider. Il ne le laissera pas tomber, pas cette fois.
Bullhead est un film noir, sans concession ni réel espoir. Jackie Vanmarsenille y devient le symbole de toute une génération qui, sans cesse castrée par les cadres trop étroits de la consommation et des loisirs, pense recouvrer une virilité factice dans des attributs de substitution, faits de violence et d'argent. Même le sacrifice final de Jackie est factice. C'est plutôt un aveu d'impuissance, un renoncement devant l'absence de solution, devant une fatalité devenue trop lourde à porter. L'unique lueur se nichera dans le regard de Diederik, l'ami d'enfance maculé d'une lâcheté originelle, et qui n'aura de cesse de reconstruire le paradis perdu. En devenant le témoin de la castration de son ami, lorsque tous les rêves d'enfance se brisent, Diederik gagne ce qui en fera finalement le personnage le plus fort du film: le courage de refuser d'abandonner ses idéaux. Et alors que Jackie, prisonnier d'un ascenseur et gavé d'hormones, s'enfonce dans une descente aux enfers vertigineuse, son double se précipite en gravissant les escaliers vers la lumière, dans un tourbillon final virtuose.
-Diederik?
- Quoi?
- Tu serais pas devenu pédé au moins?
- Je t'aime.

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